La Côte d'Ivoire récolte les premiers fruits de sa politique de santé

12 %
La couverture maladie universelle en Côte d'Ivoire couvre 12% de la
population.

La Côte d’Ivoire reprend sa marche en avant concernant la santé publique depuis l’élection d’Alassane Ouattara. Ce que soulignent différents indicateurs et, par exemple, une nouvelle approche du bien-être mental dans le pays.

En juillet 2007, l’United Nations Population Fund estimait que la moitié des infrastructures de santé des régions du centre, du nord et de l’ouest de la Côte d’Ivoire avaient été soit pillées soit détruites pendant la guerre civile (2002-2007). Pour y remédier, depuis son élection en 2010, Alassane Ouattara a fait de la santé un de ses chevaux de bataille. De quoi permettre aux Ivoiriens les plus modestes de profiter des retombées sociales du second « miracle ivoirien » dans un pays désormais stabilisé, et ce malgré la pandémie.

Des progrès indéniables concernant la santé physique des Ivoiriens

Selon Clément Soriat, chercheur à l’Université Paris-Descartes, le « “portage” politique au plus haut niveau de l’État » des politiques de santé en Côte d’Ivoire a permis de redresser un ensemble d’indicateurs, au plus mal après la période d’instabilité de 2002-2011.

Concernant le taux de mortalité infantile par exemple, alors qu’en 2010 il était de 74,7 pour 1 000 naissances vivantes, en 2019, selon la Banque mondiale il aurait chuté en dessous de 60 pour se situer désormais largement en-dessous de la moyenne de l’Afrique subsaharienne (75,7), plaçant ainsi le pays dans le peloton de tête de la région. Il faut dire que l’accès des populations aux soins de santé s’est considérablement amélioré ces dernières années : selon les données gouvernementales, « plus de 68% de la population vit désormais à moins de 5 km d’un centre de santé » et la Couverture Maladie Universelle (CMU) instituée en 2014 couvrait 12 % de la population en 2020, taux supérieur à la moyenne des pays de la sous-région comme le Ghana ou le Bénin.

Les résultats relatifs à la lutte contre les trois grandes pathologies (VIH, tuberculose et paludisme) sont également à souligner malgré le recul mondial observé par l’ONU à la suite de la pandémie de Covid 19. L’incidence de la tuberculose pour 100 000 personnes avait diminué de 40 % en 2019 par rapport à l'année 2010, celle du paludisme pour 1 000 personnes à risque d’environ 30 % pendant la période 2010-2018 alors que la prévalence du VIH en pourcentage de la population sexuellement active est passée de 3,8 à 2,1 entre 2010 et 2020 selon la Banque mondiale.

Une prise de conscience concernant la santé mentale en Côte d’Ivoire

Par rapport à la moyenne des pays de l’Afrique subsaharienne (environ 7 morts par suicide pour 100 000 habitants en 2019), la Côte d’Ivoire (8,9 la même année) semble à la traîne concernant la santé mentale de ses habitants. Elle subit en fait le contrecoup de la crise post-électorale de 2010-2011 et surtout de la guerre civile de 2002-2007. En analysant les données de la Banque mondiale, on remarque que ces événements dramatiques ont enrayé la dynamique positive dans laquelle s’inscrivait la Côte d’Ivoire, mais dans laquelle elle semble heureusement être revenue depuis 2014. D’autant que la question du bien-être mental est prise de plus en plus au sérieux en Côte d'Ivoire.

Comme le rappelait sur Twitter en 2019 Édith Brou Bleu, une influenceuse ivoirienne, « la dépression est à la fois un sujet tabou et méconnu dans nos sociétés africaines. Alors que c’est une pathologie réelle qui touche de nombreuses personnes qui souffrent en silence. Surtout les personnes qu’on pense fortes ». En Afrique, le traitement des troubles de la psyché se répartit bien souvent entre chaînes, asile ou guérisseur selon le psychiatre Roger Charles Joseph Delafosse, directeur du programme national de santé mentale. Cependant, face à la recrudescence de patients après les périodes de violences et constatant les limites des trois “méthodes”, les acteurs de la psychiatrie ivoirienne expérimentent une approche novatrice « communautaire » soutenue par le gouvernement, alliant médecine traditionnelle, famille et psychiatrie classique. « On pourra voir ensemble dans quelles pathologies les centres non conventionnels sont efficaces, et dans lesquelles ils ne sont pas efficaces, de sorte à aboutir à des traitements complémentaires, bien que séparés » a ainsi annoncé Adama Koné, chef de service à l’hôpital psychiatrique de Bingerville.

Une nouvelle approche qui s’inscrit dans une montée en puissance des politiques de santé publique en Côte d’Ivoire, ce qui devrait permettre un rééquilibrage concernant le système de traitement des troubles mentaux qui compte actuellement 541 structures non conventionnelles contre seulement 35 établissements conventionnels.