Pour soutenir les soignants, le privé à l'heure de la mobilisation générale

9000
C'est le nombre de soignants et non-soignants en renfort de l'AP-HP au
premier semestre 2020. Un effort qui ne faiblit pas cet automne.

Les vagues épidémiques se suivent et ne se ressemblent pas forcément, mais elles ont un point commun : ces périodes de tension mettent à rude épreuve les personnels soignants, partout en France. Pour leur faciliter la vie, des entreprises ont choisi de rendre gratuits ou de faciliter l’accès à certains services.

Les applaudissements à 20 heures du printemps dernier semblent bien loin aujourd’hui. Depuis le début de l’automne, la deuxième vague déferle sur l’Hexagone et le personnel soignant est au bord du burn out : selon une étude menée par l’Ordre national des infirmiers, 57 % d’entre eux sont « en situation d’épuisement professionnel » comme le rappelle Le Point. Un épuisement qui risque, selon la moitié des infirmiers interrogés, d’avoir « un fort impact sur la qualité des soins ».

Dans sa globalité, le personnel soignant représente plus de deux millions de personnes en France. Si le gouvernement a annoncé des coups de pouce sur la fiche de paye (+90 euros en septembre dernier, +93 euros supplémentaires d’ici fin 2020) ainsi que des indemnités compensatrices pour les congés non pris (de 110 à 200 euros brut par jour), l’usure du quotidien est de plus en plus difficile à supporter pour nos blouses blanches. Une usure à laquelle certaines entreprises apportent, comme au printemps dernier, des réponses en fonction de leurs spécialités.

Le transport, pierre angulaire du quotidien des soignants

Les voitures partagées et locations sur mobile sont en train de se développer à vitesse grand V dans les grandes métropoles françaises. Ubeeqo, Nomad, Citiz, Share Now, Free2Move… Depuis deux ans, la liste s’allonge. Parmi ces services, la jeune start-up Virtuo n’a pas hésité à renouveler son offre du premier confinement. Au printemps dernier, elle avait en effet offert quelque 6000 journées de location gratuites au personnel soignant. Au retour du confinement fin octobre, Virtuo a remis 150 de ses véhicules à libre disposition du personnel soignant. « Nous l’avons fait en mars et nous renouvelons notre engagement aujourd’hui, explique Valeria Yanes Monsalve, directrice marketing de Virtuo. Nous mettons une partie de notre flotte à disposition du personnel soignant impliqué directement dans la lutte contre le Covid-19. Cette fois-ci, nous allons plus loin en prêtant main forte à un deuxième corps de métier fortement mobilisé, les enseignants qui continuent à accueillir des élèves en crèches, écoles, collèges et lycées. » Et ce jusqu’au 1er décembre, voire davantage si le confinement est prolongé.

Pour arriver jusqu’aux hôpitaux, les personnels soignants empruntent également le réseau routier. Là, c’est Vinci Autoroutes qui réitère son opération du printemps (17 mars au 10 juillet), partout en France. L’entreprise concessionnaire avait ainsi remboursé 70 000 allers-retours pendant la première vague épidémique. « Nous sommes dans des circonstances exceptionnelles, et c’est en effet notre manière de nous mobiliser pour les personnels qui sont en première ligne aujourd’hui », souligne Catherine Galerne, responsable communication chez Vinci Autoroutes, qui annonce également la réouverture des restaurants et des installations sanitaires dédiés aux chauffeurs routiers qui sont eux aussi en première ligne dans cette crise sanitaire.

Depuis le 2 novembre, Vinci propose donc à nouveau la gratuité de ses services aux soignants, par un simple formulaire à remplir en ligne. « Compte tenu du re?tablissement de l’e?tat d’urgence sanitaire, Vinci Autoroutes a de?cide? de re?activer le dispositif de solidarite? a? l’e?gard des personnels soignants, sur pre?sentation de leur attestation d’exercice professionnel et de leurs justificatifs de trajets », propose simplement l’entreprise. Un exemple qui sera peut-être suivi à l’échelle nationale par d’autres acteurs du transport comme la SNCF qui avait déjà, au printemps, mis la main à la poche en généralisant la gratuité des trajets sur les TGV et les Intercités pour tout le personnel soignant. La compagnie ferroviaire vient tout de même d’annoncer le retour de cette mesure prisée par les blouses blanches à l’échelle locale, dans les Hauts de France par exemple, grâce au financement de la région.

Les directeurs d’hôpitaux aussi ont besoin d’aide

Quand on pense « professionnels de santé », les images vues en boucle à la télévision depuis le début de la pandémie font immédiatement penser aux infirmiers. Si leur burn out a des conséquences directes sur la prise en charge des malades, il est aussi un véritable casse-tête pour les directeurs d’hôpitaux, parfois pris au dépourvu et en recherche de personnel, quelles que soient les qualifications recherchées. Sur ce créneau, l’entreprise Medelse – créée en 2016 – propose un service en ligne pour mettre en relation les directeurs d’établissement et le personnel soignant. Lors de la première vague, Medelse a été victime de son succès en rendant son service gratuit : « 2800 professionnels ont ainsi pu renforcer les équipes de nombreux établissements, notamment des Ehpad et des hôpitaux publics », se félicite Thomas Gendron, cofondateur de l’entreprise.

Avec cette deuxième vague, les hôpitaux vont avoir besoin de réactivité et de flexibilité, surtout pour les médecins dont le secteur hospitalier manque cruellement. Une demande qui rencontre son offre, comme le souligne Thomas Gendron : « Fragilisés par le Covid-19, les libéraux sont maintenant plus enclins à aller effectuer des missions à l’extérieur, en complément de leur activité traditionnelle en cabinet. » Nécessité faisant loi, Medelse vient de lancer son application en ligne pour faciliter la vie des praticiens et des responsables d’hôpitaux.

Des fleurs pour (re)donner le sourire

Ce n’est qu’un petit geste, mais il veut dire beaucoup. Dans les faubourgs de Perpignan, une entreprise grossiste en fleurs coupées participe elle aussi à l’effort, avec ses armes. Plutôt que de jeter sa marchandise interdite à la vente car dite « non essentielle », Murielle Marcenac a décidé de distribuer des arrangements fleuris en les déposant sur le capot des voitures des membres du personnel hospitalier de la région. « Je travaille avec des centrales d’achats et de la grande distribution. Lundi (2 novembre), il y avait des refus de livraisons et des annulations d’expédition, déplore la fleuriste. Lors de la première vague, j’avais déjà donné des fleurs à l’hôpital. Mais j’y étais allée toute seule puisqu’on n’avait pas de masques, on n’était pas équipés. Cette fois-ci, avec la production et l’équipe, on est tous masqués. Lundi, je leur ai dit qu'on partait, avec les livreurs, à l’hôpital. On a mis les bouquets sur les voitures ! Tout le monde a besoin d’ondes positives. Tant que je peux distribuer et qu’on peut faire des bouquets, je les ferai et ça amène un petit peu de gaieté à tout le monde. »

Au printemps 2020, de très nombreuses entreprises s’étaient remontées les manches en adaptant leur appareil de production pour fabriquer du gel hydro alcoolique ou des masques. Le choc de la première vague passé, cet effort de guerre est progressivement retombé. Les exemples de Virtuo, Vinci Autoroutes et Medelse donneront peut-être des idées à celles et ceux qui en cherchent. Car la bataille continue.

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