Le secteur de la santé fait bloc en faveur d?un système de soins à la française



Le système de soins français est considéré comme l’un des meilleurs, sinon le meilleur, au monde. Reste qu’au fil des années, il a montré ses premiers signes de faiblesses, jusqu’à engendrer des inégalités entre les Français. Les déremboursements de la Sécurité sociale se multiplient, les déserts médicaux se creusent et les Français ont de plus en plus de mal à accéder aux soins. Avec les dernières réformes, comme la loi de Santé 2015, la modernisation de notre système de santé semble en marche. Les acteurs se mobilisent afin d’accélérer le mouvement. Il y a urgence.

Un appel à tous les acteurs

La dégradation du système de soins français est bien une réalité, comme l’attestent plusieurs études. Et les Français s’inquiètent, notamment au sujet de la qualité des soins (70 % des sondés) et de l'égalité de l'accès aux soins (56%). Force est de constater que les valeurs de solidarité et d’égalité, constitutives de notre système de santé, ont pris un sacré coup dans l’aile. « Notre système est fait pour que le président d’un grand groupe industriel soit traité avec les mêmes traitements qu’un SDF qui arrive dans un centre hospitalier ou une clinique » rappelle Jean Leonetti, ex ministre et président de la Fondation des usagers du système de santé. Cette dernière est engagée afin de faire « progresser la démocratie sanitaire » et remédier aux carences.

La Fondation a donc prévu de lancer des appels à projets et les meilleures initiatives en matière de prévention, du droit des patients, d'amélioration de la prise en charge, seront éligibles à des financements de la Fondation. « Nous espérons à travers ces appels à projet être une force d'action pour permettre, à partir d'initiatives concrètes de terrain, de faire avancer les droits et les devoirs des usagers de notre système de santé », précise Jean Léonetti.

L’accès à des soins de qualité : une priorité

Et parmi les initiatives qui pourraient intéresser la Fondation, celle lancée par l’Actiom (action de mutualisation pour l’amélioration du pouvoir d’achat) qui propose une offre de mutuelles négociées, intitulée« Ma commune, ma santé ». Philippe Metge, le directeur du Centre communal d'action sociale (CCAS) et d’ Éliane Ciraud-Lanoue adjointe au maire de la ville de Royan ont rejoint le mouvement et dénoncent au passage le renoncement aux soins de nombreux Français. Avec cette initiative, les habitants bénéficieront d’une couverture plus large à des tarifs préférentiels, notamment pour les soins dentaires ou optiques qui sont les plus onéreux car très peu remboursés par l’Assurance maladie.

Aussi, l’avenir de notre système de soins dépend également de la solidarité des acteurs privés de la santé. Et face aux enjeux de santé publique, on pourrait bien compter sur les réseaux de soins ouverts (qui ne limitent pas le nombre de professionnels de santé, contrairement aux réseaux de soins fermés). Leur pertinence a d'ailleurs été soulignée par la Cour des comptes dans son rapport annuel sur la Sécurité sociale de 2010 : la haute juridiction appelait à « favoriser le développement, sous leur égide, de réseaux de professionnels respectant des protocoles qui comportent des garanties quant aux niveaux de prix et de qualité » et donc de lever les obstacles juridiques » qui empêchent les organismes complémentaires « de jouer le rôle d'acheteur de soins intelligent ».

« Nous pouvons travailler beaucoup plus sur la qualité, sur la coordination. Il nous semble nécessaire que les médecins veuillent le faire avec nous », a expliqué Jean-François Tripodi lors d’un colloque organisé par le Forum France Santé 2017 sur la question de l’amélioration de la prise en charge des patients. Le directeur général du réseau de soins ouvert Carte Blanche Partenaires, en effet, a entamé avec ses équipes une réflexion de fond sur l’accès aux soins, et a impulsé « un élan collectif pour la santé visuelle », à l’instar de Prysme, une offre « qui permet aux opticiens de proposer à leurs clients des paires de lunettes de très haute qualité sans reste à charge ». Aussi, Jean-François Tripodi plaide-t-il pour une meilleure synergie entre tous les acteurs de santé : « nous sommes aujourd’hui à un véritable niveau d’aberration, où une loi votée en 2013, la loi Leroux, nous interdit de monter des réseaux avec des médecins », explique le patron de Carte Blanche Partenaires. Une autorisation serait, selon Jean-François Tripodi, une mesure qui irait dans le sens de l’amélioration de la prise en charge des patients.

L’excellence en partage

C’est justement ce travail en bonne intelligence, qui est présenté comme la clef de l’avenir de notre système de soins. Une manière de redorer le blason de la médecine française qui est reconnue à travers le monde. La France n’a pas à rougir de ses savoir-faire. Elle possède des hôpitaux de pointe et des centres de recherche parmi les plus prolifiques. En outre, la formation des médecins français est reconnue à travers le monde. La France a également su développer une médecine de proximité, grâce au rôle pivot du médecin traitant qui tisse une relation privilégiée avec le patient. Un « parcours coordonné » qui, force est de constater aujourd’hui, ne l’est plus vraiment.

« En Normandie, le modèle que nous connaissions s’est écroulé il y a quelques années. Pour nous en sortir, nous avons créé les pôles de santé et regroupé les professionnels d’un territoire donné : 15 à 60 professionnels prennent en charge une population. C’est une véritable révolution culturelle pour les professionnels », explique Antoine Leveneur, médecin généraliste, président de l’union régionale des médecins libéraux de Basse-Normandie. Le temps du médecin, seul dans son cabinet semble bel et bien révolu et l’avenir de l’accès aux soins passe par un mode d’exercice regroupé.

Une nouvelle architecture de santé

Reste donc à dépoussiérer l’organisation de notre système de soins et casser les murs qui existent entre les différents acteurs comme le préconise l’Institut Montaigne. « Le vieillissement de la population et le développement des maladies chroniques imposent ainsi de repenser l’organisation des soins (…). En France, les besoins des patients se heurtent à l’organisation fortement cloisonnée de notre système de soins entre médecine de ville et hôpital » peut-on lire dans un récent rapport destiné à interpeller les acteurs de santé à l’aube de la présidentielle.

En ce sens, Nicolas Sarkozy, veut faire « le pari de l’autonomie » et « redonner du temps médical aux acteurs de santé qui consacrent 15% de leur temps à des tâches administratives ». Le supposé candidat à la prochaine élection présidentielle déclare vouloir « faire pour les hôpitaux ce que nous avons fait pour les universités : rendre de la liberté aux acteurs de santé ». Il faut voir que le secteur hospitalier est en train de vivre l’une des plus grosses réformes depuis la création des CHU. Et dans cet élan de modernisation, Marisol Touraine a également lancé une grande consultation sur les questions big data dans le domaine de la santé : l’intégration de ces solutions de e-santé apparaissent comme incontournables afin de tenir notre rang.

Marine Le Pen, a lancé un nouveau mouvement consacré aux questions de santé, fixant l'ambition que le système français « redevienne le meilleur au monde ». Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l’Hôpital de l’hôtel-Dieu prévient : « il faut bien plus que des mesurettes courtermistes : nous avons besoin d’un plan quinquennal, voire décennal », déclare ce dernier à l’aube de la campagne présidentielle. En tout cas, les Français attendent bien plus que des querelles politico-politiciennes et des débats purement comptables. Leur santé en dépend.

Philippe Legrand


Chargé d’études, Services Santé et aménagement du territoire pour les Collectivités territoriales d’Ile-de-France