Europe : mieux que la dématérialisation, la montée en puissance des cyberadministrations

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98% des ordonnances médicales sont aujourd'hui virtuelles en Estonie

La dématérialisation des services publics est souvent désignée comme le parangon du numérique d’Etat. Mais certains Etats veulent encore aller au-delà, en créant une véritable cyberadministration sécurisée et fiable.

Depuis les Douze Travaux d’Astérix, on a tous en tête l’image d’une administration kafkaïenne, aux files d’attente intenables et aux logiques ubuesques. Et si la numérisation des infrastructures pouvait changer la donne ? L’idée n’est pas si saugrenue, si l’on en croit un rapport de l’ONU publié en 2016 sur le développement de l'administration en ligne à travers le monde, qui pose un constat optimiste sur ses avancées. En Europe, l’Estonie et la Suisse sortent du lot par leurs initiatives avant-gardistes.

Les Estoniens à la pointe de la révolution numérique des services publics

L’Estonie s’est incontestablement imposée comme la vitrine de l'e-gouvernement en Europe et dans le monde. Un fait d’armes impressionnant quand on sait qu’en 1991, au lendemain de son indépendance, moins d’un Estonien sur deux possédait une ligne téléphonique. « L’Estonie a dû tout (re)construire dans les années 90, ça a été notre chance », explique Ragnar Saas, cofondateur de Garage 48, célèbre incubateur de start-up à Tallinn. Ainsi, l’intention initiale était de réduire les coûts liés à une structure bureaucratique encombrante et obsolète. E-carte d'identité, vote électronique, carnet de santé virtuel… Le pays séduit aujourd’hui par son caractère résolument numérique.

Depuis 2002, les citoyens estoniens disposent d’une carte d'identité sécurisée qui permet d’accéder à plus de 2 000 sites de services en ligne. Un scan suffit à payer ses impôts, son trajet de bus, une contravention, renouveler son permis de conduire ou même voter (aujourd’hui, plus d’un tiers de la population vote en ligne). De plus, 98% des ordonnances médicales sont aujourd'hui virtuelles. Et depuis 2014, ces services ont été élargis aux étrangers vivant sur le sol estonien, via le statut d'« e-résident » qui confère l’accès à une carte similaire – et des services administratifs simplifiés.

Au total, les différentes bases de données des administrations estoniennes ne mobilisent aujourd'hui plus que 1 000 informaticiens pour un budget de maintien qui se situe en dessous de 65 millions d'euros par an. Une inspiration bienvenue à l’heure où la France tente de réduire le coût de fonctionnement de son administration. 

L'exemple suisse : un gouvernement ultra sécurisé

A quelques milliers de kilomètres au sud-ouest, la Suisse a elle aussi embrassé la voie du gouvernement numérique. Lancée en 2008 dans un projet de cyberadministration, la république helvétique avance à marche rapide. « La cyberadministration va de soi : des prestations administratives transparentes et efficaces fournies de manière entièrement électronique à la population, aux acteurs économiques et au secteur public »explique le gouvernement.

Gage de cet intérêt croissant pour la digitalisation, la très prestigieuse Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a publié en 2016 une étude sur l’avenir numérique de la Suisse. L’école établit un bilan globalement positif de la numérisation suisse, surtout comparé à des mastodontes tels que Singapour, Hongkong ou encore les Etats-Unis. La Suisse se classe dans le tiercé de tête pour ce qui est de la sécurité des serveurs. Loin devant les Etats-Unis ou l’Allemagne. Le savoir-faire suisse en matière de sécurité s’illustre également par le fait que plusieurs entreprises helvétiques font partie des leaders du marché dans le domaine du cryptage des données.

L’étude constate également une véritable avance en ce qui concerne la sécurisation des données. « La Suisse se classe dans le tiercé de tête pour ce qui est de la sécurité des serveurs. Loin devant les Etats-Unis ou l’Allemagne. » explique l’étude, avant de poursuivre. « Le savoir-faire suisse en matière de sécurité s’illustre également par le fait que plusieurs entreprises helvétiques font partie des leaders du marché dans le domaine du cryptage des données. »

C’est le cas notamment de deux sociétés suisses, SICPA et Guard Time, reconnues pour la qualité et la fiabilité de leurs services. Ces deux sociétés se sont récemment associées dans le cadre d’une joint-venture proposant des solutions de sécurisation des données pour les cyberadministrations. SICPA est un partenaire historique des Etats du monde entier : principal fournisseur mondial d’encres de sécurité pour les billets de banque, la société suisse diversifie depuis plusieurs années ses activités dans le domaine de la traçabilité et de l’identification. Guardtime, quant à elle, est une société réputée pour sa maîtrise de la blockchain. Elle s’est notamment distinguée en mettant au point la sécurisation des bases de données stratégiques du gouvernement estonien.

Cette mise en place par deux poids lourds de la sécurité d’une solution robuste est incontestablement un pas dans la bonne direction du projet de cyberadministration. Nombreux sont les experts qui avertissent sur les risques d’une digitalisation sans sécurisation.

Quid de la France ?

En comparaison, la France est à la traîne. Si l’on observe une volonté de changer et d’embrasser l’administration électronique, le pays accuse un certain retard si on le compare à ses voisins européens – certaines parties de notre appareil administratif datent encore de la Révolution. Certes, depuis début 2014, il y a eu quelques résultats encourageants. Désormais, 53% des Français payent leurs impôts en ligne, 93 % effectuent une demande d’extrait de casier judiciaire en ligne et plus de 80 % des agriculteurs effectuent des demandes d’aide au titre de la Politique Agricole Commune (PAC) via Internet.

Hélas, l’initiative Open Data, lancée sous François Hollande, en est toujours à ses balbutiements. Même si, il faut le souligner, l’administration travaille actuellement sur des services publics numériques en s’inspirant des politiques mises en place par des géants du net comme Amazon. Une approche prometteuse, surtout quand on sait qu’à titre d’exemple, le site unifié du Royaume-Uni lancé sur ce modèle devrait, à terme, faire économiser 50 milliards d’euros à l’administration anglaise.