Le Royaume-Uni s'enfonce dans la crise énergétique

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20% de l'électricité britannique est produite par l'éolien offshore.

Pour Ofgem, le régulateur britannique des marchés du gaz et de l’électricité, la situation est « sans précédent ». Les prix du gaz sont six fois supérieurs à ce qu’ils étaient il y a un an, augmentant de 70 % en août. Et personne ne sait combien de temps cela va durer...

« Je comprends que les entreprises et consommateurs soient inquiets. Nous travaillons dur pour atténuer l’impact de la montée mondiale des prix du gaz », déclarait dimanche 19 septembre le ministre britannique des Entreprises, Kwasi Kwarteng. De petits fournisseurs d’énergie subissaient déjà des pressions à cause de la flambée soudaine des prix mondiaux du gaz. Mais après consultations avec le régulateur, le ministre se voulait rassurant : « Si un fournisseur fait faillite, Ofgem s’assurera que ses consommateurs voient leur approvisionnement en électricité et gaz se poursuivre sans interruption ».

Une semaine plus tard, le Royaume-Uni continue de s’enfoncer dans la crise énergétique. La flambée des prix de l’énergie, il est vrai, concerne toute l’Europe. Mais le Royaume-Uni est particulièrement sous pression à cause de sa forte dépendance au gaz naturel pour générer de l’électricité. Le prix du gaz britannique pour livraison, qui avait atteint mercredi 15 septembre un prix historique de 194,94 pence par thermie, reste en hausse de près de 70 % sur un mois à 171,75 pence par thermie. Les prix du gaz dans le pays sont en hausse de 44 % depuis le début du mois et de 218 % depuis le début de l’année. Les tarifs de l’électricité ont quant à eux grimpé de près de 300 % depuis un mois (à 422 livres par mégawattheure à la mi-septembre).

Ces cours, dopés par l’incendie de la liaison électrique IFA (Interconnexion France-Angleterre) le 15 septembre, font craindre de fortes hausses de tarifs pour les consommateurs à l’approche de l’hiver.

Effets secondaires du Brexit

D’autant que, contrairement à l’Allemagne et à la France, qui disposent de l’énergie nucléaire et du charbon pour faire face à la flambée des prix du gaz, le Royaume-Uni mise particulièrement sur l’éolien offshore. Mais les vents ont été faibles ces dernières semaines, et les stocks se retrouvent au plus bas après un hiver 2020-2021 particulièrement prolongé. Résultat : pour Ofgem, la situation est désormais « sans précédent ». Le président du régulateur britannique souligne que les prix du gaz « sont six fois supérieurs à ce qu’ils étaient il y a un an », qu’ils ont « augmenté de 70 % en août » et qu’il est « très difficile de savoir combien de temps cela va durer ».

Ce qui est sûr, c’est que les conséquences sont déjà dramatiques. Sept énergéticiens ont fait faillite depuis le début de l’année, et d’autres pourraient suivre. Parmi eux, Bulb, qui approvisionne 1,7 million de ménages en gaz et en électricité. Le Times estime que seule une dizaine de fournisseurs pourraient survivre à la crise, sur la quarantaine que compte le Royaume-Uni aujourd’hui. Le ministre Kwarteng, qui considère cette estimation excessive, annonce par ailleurs que le gouvernement continuera de plafonner les tarifs pour les ménages à des prix bien en deçà du taux actuel du marché.

La flambée du gaz a en outre entraîné l’arrêt de deux usines d’engrais appartenant au groupe américain CF Industries, qui produisent 60 % du CO2 du Royaume-Uni. Ce dernier est essentiel pour l’étourdissement des porcs et des poulets avant l’abattage, l’emballage de la viande et des produits frais, la croissance des légumes sous serre ou encore la carbonatation de l’eau et d’autres boissons. Or, le Brexit empêche le Royaume-Uni de s’allier à d’autres pays de l’Union européenne pour des achats groupés massifs de gaz à des prix concurrentiels, comme le souligne le journaliste et essayiste Marc Roche.

« Déconfiture économique »

La sortie du Royaume-Uni de l’UE a par ailleurs entraîné le départ de 20 000 chauffeurs de poids lourds originaires du continent ainsi que des milliers de travailleurs est-européens dans l’agriculture et l’agroalimentaire. Les pénuries d’essence et de produits alimentaires qui en ont résulté, combinées à une reprise économique plus forte que prévu après le déconfinement, se traduisent par un taux d’inflation prévu à 4%.

Une estimation préoccupante, la plupart des prêts immobiliers étant à taux variables directement liés au prix du loyer. « Les ménages les plus précaires devraient en souffrir », analyse Marc Roche, pour qui le Royaume-Uni est en réalité « confronté à la brutale déconfiture de sa situation économique ». En déplacement à New York pour l’assemblée générale des Nations unies, Boris Johnson concédait qu’il y avait « beaucoup de problèmes de court terme pas seulement dans notre pays mais autour du monde à cause de l’approvisionnement en gaz et de pénuries de toutes sortes ». Si le premier ministre insiste sur la nécessité de « s’assurer que les entreprises dont nous avons besoin ne font pas faillite », son ministre des Entreprises rappelle que le Royaume-Uni peut compter sur une production nationale ainsi que sur l’approvisionnement provenant de « partenaires très très fiables, comme la Norvège ».

Il n’empêche que pour faire face à la crise, Londres a également dû se résoudre à faire tourner ses centrales à charbon. Particulièrement polluantes, celles-ci ont « joué un rôle essentiel en maintenant les lumières allumées alors que le système énergétique est soumis à une pression considérable », selon l’énergéticien britannique Drax. La société énergétique, qui exploite la plus grosse centrale à charbon du pays dans le Yorkshire, avait prévu d’arrêter ce combustible dès cette année. Mais elle affirme aujourd’hui que l’utilisation du charbon pourrait être indispensable afin de maintenir l’équilibre du réseau électrique.